Etes-vous du genre à travailler en perruque (et savez-vous ce que c'est) ?
Cette expression étonnante désigne un phénomène bien plus répandu qu’on ne le croit.

Vieille comme le monde du travail, la perruque est revenue en force avec l’essor du numérique et l’apparition du statut de micro-entreprise. Vous l’avez peut-être même déjà pratiqué sans le savoir… Mais est-ce risqué ?
La perruque, une pratique ouvrière qui ne date pas d’hier
Historiquement, l’expression « travail en perruque » ou « faire la perruque » serait bel et bien une référence capillaire datant du 19e siècle ! Certains coiffeurs de l’époque avaient ainsi pris la fâcheuse habitude de réutiliser les cheveux coupés de leurs clients pour fabriquer des perruques… A moins qu’il s’agisse simplement d’une référence au trompe-l’œil que constitue la perruque. Depuis, le mot est en tout cas devenu synonyme de tromperie.
Quel rapport avec le monde travail ? Cette expression un peu désuète signifie utiliser son temps de travail ou les outils mis à disposition par son employeur pour effectuer des tâches pour soi-même.
La perruque, ce n’est ni vol ni du sabotage et ce n’est pas non plus du travail au noir. Est-ce vraiment légal ? Pas toujours, mais la pratique a longtemps été tolérée dans de nombreux ateliers et usines… C’est l’ouvrier de l’usine automobile fabriquant des pièces de rechange pour sa voiture, le verrier profitant du four pour fabriquer ses œuvres d’art à la fin de sa journée de travail, c’est la fabrique d’outils, de vêtements, d’objets divers et variés pour soi ou pour ses proches, avec les moyens de production mis à disposition. Une pratique qui ne date pas d’hier puisque Colbert, déjà, avait tenté d’en interdire la pratique par une ordonnance en 1674. Selon le sociologue du travail Etienne de Banville, auteur de L’usine en douce, la perruque témoigne pourtant de la créativité des salariés et d’un certain plaisir au travail.
Car la perruque n’est pas synonyme d’enrichissement personnel. Ce n’est donc pas du vol mais bien un détournement, des outils de production, parfois du temps de travail. Elle a été tantôt réprimée férocement, tantôt tolérée et quasi-institutionnalisée. Une sorte de zone grise dont ont d’ailleurs profité les ouvriers de nombreuses usines en grève au siècle dernier : ceux de chez Lip en 1973 ont ainsi mis à profit l’occupation de leur usine pour fabriquer des lampes, des poteries, des bijoux, des cendriers, des montres et même un jeu de plateau imitant le Monopoly.
Micro-entrepreneur, intrapreneur, side project… Les perruques sont-elles devenues cool ?
Si la pratique a longtemps été très répandue dans le monde ouvrier - bien qu’elle fût toujours difficile à quantifier - l’entreprenariat, la micro-entreprise, l’uberisation et plus largement l’essor du numérique depuis une vingtaine d’années ont donné à la perruque un nouveau souffle.
Vous avez déjà réservé vos vacances au bureau ? C’est une forme de travail en perruque ! Vous avez utilisé l’ordinateur fourni par l’employeur ainsi que la connexion internet mise à votre disposition. Pour peu que vous ayez imprimé vos billets avec l’imprimante et vous voilà entièrement faux-tifs (vous l’avez ?). Mais la perruque numérique de bas étage (que celui qui n’a jamais effectué de recherche google à des fins personnelles se dénonce !) est-elle vraiment de la perruque ? Elle est en tout cas incontrôlable et, la plupart des gens ayant de toute façon accès à un ordinateur ou un smartphone relié à internet, elle ne représente aucun avantage pour le salarié ni de perte pour l’entreprise – si ce n’est le temps perdu à ne pas travailler. La plupart des employeurs ferment donc les yeux si aucun abus n’est constaté.
En revanche, la limite de plus en plus fine entre travail et vie personnelle (télétravail oblige) a tendance à créer des tentations de plus en plus fortes. Elles sont d’ailleurs parfois habilement encouragées par certains employeurs, à l’image d’Apple ou Google qui incitent depuis de nombreuses années leurs salariés à utiliser une partie de leur temps de travail pour mener à bien des projets personnels – en espérant que le fruit de leurs innovations profite à l'entreprise un jour. C’est ce qu’on appelle l’intrapreneuriat et c’est plutôt bien vu. C’est une forme de perruque autorisée et encouragée.
Mais si vous avez lancé un side project en parallèle de votre activité salariée, en général une micro-entreprise que vous développez en espérant en faire un jour votre activité principale ou un complément de revenu régulier, la perruque ne sera pas bien vue et pourrait même vous exposer à certaines conséquences.
Qu’est-ce qu’on risque à faire la perruque ?
D’années en années, le nombre de micro-entrepreneurs ne cesse d’augmenter en France. Selon l’URSSAF, ils étaient 2,5 millions administrativement actifs en juin 2022. Et un micro-entrepreneur sur trois serait aussi salarié… Un cumul d’activité tout à fait légal qui a de quoi faciliter les perruques en tout genre.
Si la tentation est parfois forte, est-ce vraiment risqué ? Entre l’utilisation occasionnelle d’un logiciel spécifique – très cher – pour booster votre projet et puiser dans les fichiers clients, il y a une certaine limite… Si c’est en plus pour développer une activité concurrente à votre entreprise actuelle en lui volant ses clients, ça risque de mal se terminer pour vous.
Première règle à connaître : vous avez une obligation de loyauté vis-à-vis de votre employeur à partir du moment où vous signez un contrat de travail – même si rien ne l’indique dans ce dernier. Pas de double jeu autorisé quel que soit votre contrat : vous êtes censé vous consacrer à 100% à votre entreprise pendant votre temps de travail.
De ce devoir de loyauté découle la deuxième règle importante : vous ne pouvez pas lancer à votre compte une activité en concurrence directe avec votre employeur. Il s’agit de concurrence déloyale et c’est interdit. Une obligation de loyauté qui est d’ailleurs renforcée pour les cadres supérieurs.
Dans les deux cas, vous risquez le renvoi pour faute grave, voire pour faute lourde (ce qui signifie départ immédiat sans indemnités ni préavis) et une condamnation à verser des dommages et intérêts. Et si j’exerce une activité totalement différente en dehors de mes heures de travail ? Pas de problème légal de principe mais vous pourriez malgré tout vous mettre en faute. Si vous passez vos nuits et vos week-ends à vous consacrer à votre deuxième activité et que vos performances diminuent, cela risque de poser un problème. Certes, votre employeur aura bien du mal à en apporter la preuve en vue d’éventuelles sanctions… mais ne jouez pas avec le feu ! Si vous êtes à temps plein, mieux vaut jouer la transparence que de vous dissimuler derrière une perruque.
Crédits photo : ajr_images/stock.adobe.com
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