Un rapport du Sénat recommande une "approche genrée de la santé des femmes au travail"
Les liens entre travail et santé des femmes restent encore un « impensé » des politiques de santé publique.

Dans un rapport remis le 28 juin dernier, la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les femmes et les hommes du Sénat, présidée par Annick Billon (Union centriste), montre à quel point les répercussions du travail sur la santé des femmes sont encore trop sous-estimées et méconnues en tant que problématique à part entière. Trois grands axes d’amélioration sont mis en avant dans le rapport, qui préconise une « approche genrée de la santé des femmes au travail ».
Un angle mort des politiques publiques
Premier problème pointé du doigt : le manque d’accès à des données genrées sur les risques et la santé au travail. Un angle mort auquel ont elles-mêmes été confrontées Annick Billon et ses co-rapporteuses Laurence Rossignol (Parti socialiste), Laurence Cohen (Parti communiste), Annick Jacquemet (Union centriste) et Marie-Pierre Richer (Les Républicains).
La loi du 4 août 2014 relative à l’égalité réelle entre les femmes et les hommes oblige pourtant les entreprises et les établissements publics à établir des indicateurs genrés sur la santé et la sécurité au travail, rappelle Public Sénat. Mais après six mois de travail, les rapporteuses évoquent des statistiques trop parcellaires. La Direction générale du travail n’a ainsi pas pu leur fournir « des données par sexe sur la répartition des arrêts maladie ou le suivi effectué par les services de prévention et de santé au travail ». Quant à l’Assurance maladie, si elle possède des statistiques genrées sur les accidents du travail, elle ne les exploite pas. La mise en œuvre d’évaluations genrées serait en partie freinée par des craintes liées aux discriminations estime la délégation de sénatrices, qui rappelle pourtant que « différencier n’est pas discriminer, (…) mieux protéger la santé des femmes au travail permet non seulement d’œuvrer en faveur de l’égalité professionnelle mais aussi d’améliorer la situation de toutes et tous dans la sphère professionnelle. »
Conséquence de « cette supposée neutralité » dans les données, les politiques publiques de prévention des risques sont d’abord pensées pour les hommes explique Annick Jacquemet : « Nous avons remarqué que cette supposée neutralité conduit à se focaliser sur l’homme moyen, le travailleur masculin. Un homme moyen n’est pas physiquement taillé comme une femme. Pour les secteurs presque exclusivement féminins, on retrouve les mêmes difficultés. » Les postes de travail ou les équipements de protection individuelle (EPI) ne sont ainsi pas toujours adaptés, à l’image des gants de protection utilisés par les femmes de ménages ou les soignantes qui sont souvent trop grands — et protègent donc moins bien.
Les femmes font face à des risques « invisibles et silencieux »
Selon le rapport, si les risques professionnels auxquels sont confrontés les hommes « sont davantage visibles et engageant leur pronostic vital (accidents, amiante…) », les femmes font face à des risques « majoritairement invisibles et silencieux » : « Elles sont davantage exposées à des tâches dites plus fines mais qui, par leur répétition, leur rythme ou les contraintes professionnelles dans lesquelles elles sont effectuées, peuvent être très usantes. » Première cause d’arrêt maladie pendant de nombreuses années, près de 60 % des troubles musculosquelettiques (TMS) concernent ainsi des femmes. Le rapport, qui rappelle par ailleurs que seuls « 20 % des métiers sont mixtes », se concentre notamment sur les secteurs du nettoyage ou du soin majoritairement composés de femmes. Il met en exergue des risques inhérents à ces métiers qui sont encore mal pris en compte, comme le port répétitif de charge lourdes ou des « exigences émotionnelles et organisationnelles fortes ». Le travail de nuit qui y est très répandu augmente par exemple d’un quart les risques de cancers du sein. Les professionnelles du nettoyage sont quant à elle exposées à sept substances cancérogènes en moyenne à cause des produits d’entretien.
Le rapport plaide ainsi pour faciliter la reconnaissance du cancer du sein et des ovaires comme maladie professionnelle, une révision de la liste des critères de pénibilité, un renforcement des moyens dédiés à l’inspection du travail et à la médecine préventive, la mise en place d’un document unique d’évaluation des risques professionnels qui soit genré, une meilleure information au collège et au lycée sur les condition de travail des femmes ou encore des « sanctions financières dissuasives » pour les employeurs qui ne respectent pas leurs obligations.
Mieux prendre en compte la santé sexuelle et reproductive au travail
Le troisième axe du rapport concerne les affections exclusivement féminines liées à la santé sexuelle et reproductive, comme l’explique Laurence Rossignol : « Être une femme c’est avoir des règles, des grossesses naturelles ou liées à l’assistance médicale à la procréation, et peut-être des fausses couches. Être une femme ne relève pas de la pathologie. Pourtant, être une femme en apporte. »
Les sénatrices demandent par exemple une réflexion autour des symptômes de la ménopause, « le dernier tabou », et les éventuelles adaptations des conditions de travail des 14 millions de femmes concernées. Quant à l’endométriose, qui touche entre 1,5 et 2 millions de personnes, le rapport préconise de la reconnaître comme affection de longue durée (ALD). Les sénatrices pointent également le non-recours à certains droits de la part de femmes enceintes, faute d’informations ou de communication suffisante, tandis que 20 % d’entre elles quittent ou perdent leur emploi en cours de grossesse. Faute de consensus parmi les sénatrices, la mise en place d’un congé menstruel généralisé n’a en revanche pas été retenue parmi les propositions.
Crédits photo : Rawpixel.com/stock.adobe.com
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