Salariés aidants : comment parler de son quotidien à un employeur ?
La France compte environ 4 à 6 millions de salariés aidants mais les ¾ d’entre eux n’osent pas se confier à leur employeur.

Il n’est pas toujours évident d’évoquer un parent ou proche malade auprès d’un collègue ou d’un manager, par peur d’être jugé ou catalogué. « C’est compréhensible, il y a une forme de pudeur car on ne va pas au travail pour raconter sa vie, c’est difficile de franchir la frontière entre vie professionnelle et vie privée » explique Claudie Kulak, fondatrice de la Compagnie des Aidants et vice-présidente du collectif Je t'Aide. Pourtant, pour Véronique comme pour Aurélie, salariées aidantes, le fait d’en parler à leur employeur ou à leurs collègues a été libérateur.
Salarié la journée, aidant le reste du temps
« Mon quotidien c’est une course permanente » confesse Véronique, 57 ans. Comme plusieurs millions de français, elle travaille tout en étant présente au quotidien auprès d’un proche dépendant. Secrétaire, elle s’occupe de l’accueil d’un centre social et le reste du temps, elle aide sa mère de 93 ans, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Une « double vie » qu’elle mène depuis quatre ans tous les jours sauf le vendredi : « Avec l’aménagement d’un temps partiel, j’ai réussi à bloquer cette journée uniquement pour les rendez-vous médicaux ».
Cette course permanente, c’est aussi le quotidien d’Aurélie. À 44 ans, elle est cheffe hôtesse pour une compagnie ferroviaire et aidante auprès de sa mère âgée de 67 ans qui a perdu la vue après une maladie. Quand elle n’est pas à bord d’un train, Aurélie devient « coursière, cuisinière et assistante sociale », jongle avec les contraintes de son planning de travail et les aléas de santé de sa maman : « Je trouve qu’il n’y a pas assez de jours dans la semaine. En fait, quand vous êtes aidant, vous n’avez jamais le temps ! Mes amis me disent prends du temps pour toi : mais quel temps ? »
Comment en parler au travail ?
Face à cet agenda serré, toutes les deux ont préféré en parler au sein de leur entreprise. « Au départ je me suis épanchée auprès de mes collègues pour me soulager. Je vivais des moments difficiles, c’était trop dur de le cacher » avoue Veronique. Elle décide aussi d’en parler avec son manager : « Il a été très compréhensif au départ, il m’a dit ne t’inquiète pas on s’arrangera toujours mais c’était juste une discussion à l’oral ». Salariée dans une petite structure, elle ne bénéficie pas d’une politique d’accompagnement spécifique pour les aidants. Après une réflexion de son employeur par rapport à un retard, elle décide de s’arranger avec sa collègue. « C’est un accord tacite entre nous, on échange nos après-midis selon les semaines en fonction de nos contraintes respectives, elle est très compréhensive, pour l’instant cela nous convient à toutes les deux et mon employeur se satisfait aussi de cette organisation ». Cependant, avec le recul sur son expérience, Véronique conseillerait aux salariés aidants de privilégier un accord écrit de leur employeur sur la possibilité d’avoir des horaires décalés : « Il vaut mieux pouvoir s’appuyer sur une preuve pour éviter tout malentendu ».
Un conseil préconisé aussi par Aurélie : « Quand on est aidant, il faut avant tout se protéger par rapport à son travail car c’est aussi notre équilibre ». C’est lors d’un entretien annuel avec sa manager qu’elle s’est confiée sur son statut d’aidante : « Je me sens privilégiée car elle a été très à l’écoute, je ne suis pas sûre que tout le monde puisse avoir cette chance ». Elle estime qu’il faut être vigilant avant de l’évoquer avec un supérieur : « Je recommande à tous les salariés aidants de se renseigner en amont sur leurs droits auprès d’un représentant du personnel et ensuite de solliciter une discussion en tête à tête avec leur supérieur. Cet échange vous permettra de pouvoir évoquer vos difficultés mais aussi de rappeler votre motivation, il ne faut pas hésiter à jouer sur son expérience et son ancienneté au même poste, ça fait près de 17 ans que je suis dans la même entreprise, je pense que ça m’a aidé aussi à faire accepter ma situation. »
Des atouts pour les entreprises
« Il est temps que les entreprises prennent conscience que c’est un atout d’avoir un salarié aidant, il faut qu’elles valorisent les compétences de ces employés qui sont empathiques, à l’écoute et qui gèrent plein de tâches différentes au quotidien » abonde Claudie Kulak, fondatrice de la Compagnie des Aidants.
Le gouvernement envisage de permettre aux aidants de valider ces compétences via la VAE afin de qu’ils puissent accéder aux métiers du soin les plus en tension. Une possibilité de reconversion que n’envisage pas du tout Aurélie : « Ce que je fais au quotidien pour ma mère, je ne le ferais pas forcément pour d’autres personnes, c’est une vraie vocation de travailler auprès des personnes âgées et ce n’était pas la mienne au départ ». Elle n’envisage pas non plus d’arrêter de travailler pour devenir aidante à plein temps : « Ce serait trop lourd à porter, quand je suis au travail, je suis focalisée sur mes tâches, je rencontre du monde, cela me fait beaucoup de bien de penser à autre chose ». Même si Aurélie comme Véronique gardent souvent leur téléphone près d’elle pour être joignables en cas de besoin, toutes les deux se réjouissent de pouvoir aller au travail chaque matin pour s’échapper de leur quotidien d’aidante.
Pour Claudie Kulak, la crise du Covid-19 a quand même eu un effet positif sur la reconnaissance du statut des aidants : « On a tous été aidants pendant cette période par rapport à un parent âgé, un enfant malade ou même à un voisin et notre économie n’a pas sombré, les gens ont continué de travailler ». Avec le vieillissement de la population, Claudie Kulak espère que les managers vont devenir de plus en plus compréhensifs : « Il faut qu’on continue de dire qu’on est tous concernés, aider un proche ce n’est pas exceptionnel, on deviendra tous un jour aidant ou aidé ».
Parler pour faire naître la solidarité
D’ailleurs, c’est en osant en parler à leurs collègues que Aurélie et Véronique se sont rendu compte qu’ils avaient été aidants au cours de leurs vies. « En fait quand on se confie sur ce sujet, on se rend compte qu’on n’est pas la seule à vivre ça » raconte Aurélie, agréablement surprise par l’un d’eux, plutôt discret d’habitude et qui s’est révélé très à l’écoute : « Il m’a dit que lui aussi avait été aidant, il m’a donné des conseils pour les démarches administratives car je me démenais à l’époque pour trouver une aide à domicile, il m’a donné le numéro de sa sœur pour qu’elle puisse m’épauler si besoin, je le connaissais depuis 10 ans et je l’ai redécouvert ! »
Grâce à ses collègues, Véronique réussit à mener de front sa vie d’aidante et sa vie de salariée et elle peut aussi compter sur ses voisins de bureau pour des conseils culinaires : « Un jour je racontais que c’était compliqué car je réfléchissais tout le temps à de nouvelles idées de plats pour ma maman mais rien ne lui plaisait, et l’un d’eux m’a dit tout simplement d’arrêter de me casser la tête et de lui faire des plats simples qu’elle avait l’habitude de manger ! Ça paraît tout bête mais j’applique son conseil désormais et ça fonctionne, ça m’a vraiment soulagée ! ». Aurélie raconte aussi qu’une de ses anciennes manageuses l’accompagnait au quotidien avec des citations encourageantes envoyées par message. Des signaux positifs pour Claudie Kulak : « Je suis optimiste, progressivement, le monde de l’entreprise évolue, on l’a vu avec l’émergence du télétravail, je pense que de plus en plus de managers ont envie de ne plus infantiliser leurs salariés mais plutôt de les accompagner ».
Crédits photo : fizkes/ stock.adobe.com
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