Et si gagner moins que ses collègues était une source de motivation ?
De quoi expliquer les écarts de salaire ?

Il y a quelques semaines, l’annonce de l’augmentation de salaire de Carlos Tavares, PDG du constructeur automobile Stellantis, a suscité de nombreux commentaires. Il faut avouer qu’avec 36,5 millions d’euros perçus en 2023 – près de 100 000 euros par jour ! – M. Tavares est l’un des salariés les mieux payés de France…
Une annonce qui a par ailleurs ravivé, une fois n’est pas coutume, le débat autour des écarts de salaire au sein des entreprises, la rémunération du dirigeant étant 518 fois plus élevée que le salaire moyen des autres salariés du groupe automobile.
A cette occasion, Patrice Laroche, professeur en sciences de gestion à l’Université de Lorraine, s’est interrogé sur la légitimité et l’impact des écarts de salaire au travail dans un article paru sur The Conversation. Alors, est-ce stimulant de savoir qu’on gagne moins que les autres salariés et les hauts cadres de son entreprise ? Deux écoles de pensée s’opposent sur la question et nous éclairent sur la réponse.
Oui, gagner moins que les autres nous incitent à fournir des efforts
C’est une idée qui puise sa source dans la « théorie du tournoi », une théorie économique « fréquemment mobilisée pour expliquer qu’une plus grande dispersion des salaires est associée à une meilleure performance », explique Patrice Laroche.
Comme dans une compétition sportive où le gagnant empoche les plus belles récompenses (voire l’entièreté de la récompense), un grand écart de salaire au sein d’une entreprise inciterait à travailler dur en espérant un jour « gagner le tournoi » : être promu et voir sa rémunération augmenter considérablement.
Un PDG percevant un très haut salaire inciterait donc les autres salariés à être plus productifs et donner le meilleur d’eux-mêmes pour aller le plus loin possible dans le « tournoi » … tout en poussant les « perdants du tournoi » à partir voir ailleurs si l’herbe n’est pas un peu plus verte ! Une façon aussi de sélectionner la main-d’œuvre en ne retenant que les plus motivés et travailleurs.
Non, la frustration nous pousse à faire moins d’efforts
Mais si la théorie du tournoi est une justification aux très hauts salaires de certains cadres dirigeants, elle n’empêche pourtant pas les polémiques... Et pour cause, la relation entre la motivation des salariés et les écarts de salaire est bien plus complexe.
Car une trop forte disparité salariale peut aussi entrainer un sentiment d’injustice et de frustration. Une telle perception modifierait alors les comportements des salariés jusqu’à un réajustement de leurs efforts… à la baisse !
C’est la théorie de l’équité dont parle le psychologue Stacey Adams : nous avons tendance à comparer ce que nous apportons à l’entreprise avec les bénéfices que l’on en tire, et nous comparons également notre situation à celle des autres salariés de notre entreprise ou des autres. Selon cette théorie, les inégalités de salaires ne paraissent acceptables que si elles semblent justes et équitables. Tout sentiment d’iniquité poussant alors les salariés à fournir moins d’efforts.
Une réalité plus complexe que la théorie
Comme l’opposition de ces deux théories le montre, il est difficile de conclure que la disparité des salaires nous rend forcément plus productifs ou motivés. Patrice Laroche explique que de nombreux autres paramètres sont à prendre en compte comme l’étendue des disparités salariales, où l’on se situe sur le spectre de la fourchette (les cadres sont plus tolérants aux écarts de rémunération que les bas salaires), les différences culturelles (les Américains y voient plus facilement des opportunités que les Français), la légitimité des écarts de salaire ou encore la transparence autour des processus d’attribution.
Comme le résume l’auteur de l’article, « l’ensemble des facteurs considérés comme légitimes et leur poids respectif dans la détermination de la rémunération varient d’une personne, d’une organisation, ou d’une culture à l’autre ». Les polémiques autour des rémunérations des grands patrons ont donc encore de beaux jours devant eux ! Et la question de savoir si la disparité salariale est ou non une source de motivation n’est pas près d’être tranchée…
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