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Performance et « énergie masculine », pourquoi Mark Zuckerberg a faux sur toute la ligne

Par Laura Lamassourre • Mis à jour le , publié en novembre 2023

Repeat after me : M.I.X.I.T.É !

Performance et « énergie masculine », pourquoi Mark Zuckerberg a faux sur toute la ligne
Le patron de Meta prône une culture d’entreprise « qui célèbre un peu plus l’agressivité » © Capture d'écran YouTube - Joe Rogan Experience

Un environnement de travail diversifié et fondé sur les compétences de chacun, cela vous parle ? Pour le patron de Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp), Mark Zuckerberg, peut mieux faire. Son idéal : un monde de l’entreprise où l’on (re)trouverait davantage d’ « énergie masculine ».  

Après avoir annoncé la fin du fact-checking sur les plateformes de sa société le 7 janvier, le milliardaire a exprimé vendredi dernier son regret de voir émerger des entreprises « culturellement neutres » qui s’éloignent de « l’énergie masculine ». « Je pense qu’une grande partie de notre société est devenue (…) castrée, en quelque sorte, ou émasculée. (...) L’énergie masculine est bonne. La société en a beaucoup, mais la culture d’entreprise essaie vraiment de s’en éloigner », a-t-il déclaré, lors d’une interview fleuve face au podcasteur conservateur, Joe Rogan.  

En plus de prôner une culture d’entreprise « qui célèbre un peu plus l’agressivité », Zuckerberg aurait, selon The Washington Post, diminué progressivement la part des femmes chez Meta ces dernières années (35,8 % aujourd’hui contre 37% en 2020). Depuis ce vendredi, il a également mis fin aux programmes de diversité, équité et inclusion au sein de sa société. La multinationale fondée en 2004 aurait également, d’après The New York Times, supprimé son poste de responsable de la diversité tout comme ses quotas d’embauche de femmes et de personnes issues des minorités. Mardi 14 janvier, le chef d’entreprise a annoncé sa décision de congédier 5% du personnel de Meta afin « d’éliminer plus rapidement les personnes peu performantes ». Reste à savoir si ses effectifs féminins vont continuer de diminuer.  

N’en déplaise pourtant à Mark Zuckerberg et à d’autres, multiples études attestent des bienfaits de la mixité au travail. 

La diversité plutôt que la domination 

La parité des équipes serait-elle synonyme de performance ? C’est ce qu’affirme une étude publiée en novembre 2023 par la société américaine de gestion d’actifs BlackRock et relayée par le journal Le Monde. A partir de l’analyse des données de 1 200 entreprises de l’indice MSCI World – les principales sociétés cotées en bourse de 23 pays développés – elle a conclu qu’un équilibre de la main-d’œuvre hommes/femmes était source de rendement pour les (grosses) entreprises, comme Meta donc. 

Une différence notable. En effet, entre 2013 et 2022, celles dont le ratio de parité était le plus élevé affichaient un rendement de 2 points supérieur à celles dont les équipes présentaient un plus grand déséquilibre. 7,7% de rendement par an en moyenne contre 5,6% pour celles qui embauchent plus d’hommes, et 6,1% pour celles où les collaboratrices sont majoritaires. « En d’autres termes, c’est la diversité qui compte, plutôt que la domination des hommes et des femmes », souligne l’étude citée par le quotidien. 

Des équipes efficaces et novatrices 

Le monde de l’entreprise n’est pas le seul concerné. En étudiant le travail de scientifiques, Brian Uzzi et Benjamin Jones, respectivement professeurs de gestion et des organisations, et de stratégie à la Kellogg School of Management (Illinois) * ont en effet déduit que les équipes mixtes produisaient davantage de recherches novatrices et percutantes que les équipes composées uniquement d’hommes ou de femmes. Pour réaliser leur étude publiée à l’été 2022, Uzzi, Jones et leurs collègues ont utilisé la technologie : à l’aide d’un algorithme qui leur a permis de déduire le sexe des auteurs à partir de leurs noms, ils ont analysé 6,6 millions d’articles scientifiques biomédicaux, publiés entre 2000 et 2019. 

Conclusion : les équipes mixtes ont surpassé les équipes de même sexe, du point de vue de l’impact des articles comme de leur originalité. Sur six chercheurs, une équipe mixte était en effet 9,1% plus susceptible de produire une nouveauté et 14,6% plus prompt à produire un article très cité qu’une équipe non-mixte de même taille. Ce qui vaut pour la mixité vaut d’ailleurs également… pour la parité ! En effet, ces avantages étaient encore plus importants lorsque les équipes étaient paritaires : une équipe de trois hommes et trois femmes était plus performante qu’une équipe composée de quatre hommes et deux femmes, par exemple. 

Des résultats appuyés (ou contredits, cela dépend des points de vue) par une étude de 2010, menée par la psychologue organisationnelle Anita Williams Woolley de la Carnegie Mellon University de Pittsburg et ses collègues. L’équipe a examiné des groupes de travail de deux à cinq personnes et a découvert que la proportion de femmes dans un groupe est fortement liée à l’intelligence collective de ce dernier, autrement dit à la capacité de ses membres à travailler ensemble et résoudre un large éventail de problèmes. Les groupes comptant plus de femmes ont montré une meilleure répartition de la parole, permettant une plus grande réactivité à ses membres et donc de tirer le meilleur parti des connaissances et des compétences de chacun. 

Des collaborateurs plus épanouis 

Concernant la première étude, on pourrait pourtant se demander si cette performance n’est pas tant liée au sexe des scientifiques qu’à leur expertise ou leur talent. Réponse d’Uzzi : c’est un peu vrai, car les équipes mixtes « ont tendance à avoir une plus grande diversité d’expertise », précise-t-il au site Kellogg Insight. Ce qu’on ne nous dit pas, c’est pourquoi ! Du côté de l’étude, on constate seulement pour l’instant, mais le professeur de gestion glisse une hypothèse : « Nous pensons que le genre affecte le processus par lequel les scientifiques génèrent des idées et sélectionnent ensuite les meilleurs à suivre ». En d’autres termes, le partage d’idée serait plus créatif et constructif dans un groupe mixte. 

Explication supplémentaire du côté de l’étude Gender Scan menée par le cabinet Global Contact en 2016 ** : 81% des patrons et managers d’équipes mixtes estiment que leurs résultats sont meilleurs que les équipes non-mixtes. Une performance accrue liée à la satisfaction des collaborateurs : elle augmenterait dans des équipes composées de 40 à 60% d’hommes ou de femmes. Résultat, les salariés appartenant à des équipes mixtes se déclaraient plus épanouis (97% pour les équipes mixtes, 83% pour les non-mixtes), mieux accompagnés et davantage utiles. 

Dans les entreprises, une parité très relative 

Du côté de BlackRock, on a cherché à appuyer ces conclusions sur la rentabilité des équipes mixtes (et paritaires) par une comparaison de la performance par pays. L’enseignement à en tirer ? La hiérarchie des entreprises est encore largement dominée par les hommes. L’étude relève en effet des disparités de mixité très fortes dans les échelons de ces sociétés. Tout en bas, on retrouve 49% de femmes et donc une quasi-parité. Elles représentent cependant 33% des cadres intermédiaires, 29% des cadres supérieurs, 18% des hauts dirigeants et seulement 6% des directeurs généraux. Aussi, BlackRock distribue bons et mauvais points aux 23. Chez les cancres, on retrouve l’Espagne, l’Italie et Israël avec aucune grande entreprise dirigée par une femme. La Finlande, la Norvège et Singapour, comptent en revanche 15% de femmes directrices générales. L’étude montre pourtant que les efforts paient pour ces entreprises, relève Le Monde : celles qui travaillent activement à rééquilibrer la diversité entre les sexes gagnent en rentabilité, en particulier quand elles allongent… le congé maternité. 

Un constat qui fait écho à l'étude de l’Institut européen pour l’égalité des genres (EIGE) *** publiée en octobre 2023. Car il y a du mieux pour les femmes, en Europe en tout cas. Ces dernières sont mieux représentées dans les instances de pouvoir (+1,9 point) et l’égalité au travail s’améliore (+2,1 points). Les disparités restent pourtant nombreuses : dans les couples avec enfants, le taux d’emploi des mères européennes est de 65% contre 91% pour les pères.  

Des changements qui passent en grande partie par la législation, comme l’exemple de la loi Copé-Zimmermann en France (2011). Cette dernière oblige notamment les grandes entreprises à nommer au moins 40% de femmes au sein de leur conseil d’administration et de surveillance, et renforce les négociations d’entreprise et de branche pour favoriser l’égalité professionnelle. Si les entreprises constatent d’elles-mêmes ce lien entre création de richesses et parité, viendra-t-elle plus vite qu’on ne l’aurait pensé ? 

 

* L’étude a été co-rédigée avec de Yang Yan de l’University of Notre Dame (Indiana), Yuan Tian de la New York University et de Teresa Woodruff de la Michigan State University. 

** Enquête menée en partenariat avec l’Unesco dans 50 pays, auprès de 4 441 hommes et femmes âgés de 18 ans et plus. 

*** Depuis dix ans, l’EIGE (lié à la Commission européenne) compile des données sur les salaires, le temps de travail, la santé et les inégalités entre femmes et hommes dans le but de comparer l’évolution des pays membres. 

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