Prompt engineer : quand parler à ChatGPT devient un nouveau métier
Avec la montée en puissance des IA génératives, ChatGPT en tête, un nouveau métier a fait son apparition : prompt engineer.

Savoir obtenir le meilleur de l’IA en saisissant un texte précis, alias le prompt… et si c’était ça la compétence clé des années à venir ?
Les ingénieurs qui murmuraient aux oreilles de l’IA
Vous avez déjà testé ChatGPT et vous avez le sentiment de ne pas parvenir à en tirer son plein potentiel ? Rien de plus normal, c’est un savoir-faire à part entière et même un véritable métier sur le point d’émerger. Prompt Engineer, qu’on pourrait traduire par ingénieur de requête ou ingénieur d’invite, est le nouveau nom de ceux qui domptent les intelligences artificielles pour les amener à produire le résultat souhaité.
Pour cela, ils écrivent des requêtes (appelées « prompt » en anglais) dont eux seuls connaissent le secret afin de guider l’IA et obtenir le meilleur résultat possible. Et si trouver les bons mots peut sembler simple à première vue, susurrer aux oreilles des intelligences artificielles ne s’improvise pas. Les hommes et les femmes qui maitrisent l’art du prompt sont pour la plupart des ingénieurs – on parle d’ailleurs d’ingénierie rapide – le plus souvent spécialistes du langage naturel (NLP).
Une forme de nouvelle programmation qui, contrairement aux programmeurs traditionnels, ne s’exerce pas via le prisme du code mais bel et bien en prose, comme n’importe quel utilisateur de ChatGPT le ferait. Exit Python et les langages informatiques, il suffit de… parler. Ce qui a récemment fait dire sur Twitter à Andrej Karpathy, ancien chef de l'IA de Tesla, que "en ce moment, le nouveau langage de programmation le plus à la mode est l'anglais". Car aussi précise soit-elle, une simple demande ne suffit pas à tirer toute la substantifique moelle des outils basés sur l’IA générative. Dans un article qui leur est consacré, le Washington Post a pu interroger certains de ces prompt engineer tel que Riley Goodside qui travaille dans une start-up de San Francisco, Scale Ai. Il explique opérer « aux limites maximales des IA en élaborant des stratégies complexes pour transformer des entrées simples en résultats uniques », surchargeant les forces de l’IA tout en circonscrivant ses défauts.
Pour cela, il tente d’inculquer une « persona » à l’intelligence artificielle lors de chaque demande pour la guider au mieux : une sorte de personnage spécifique capable de trier des milliards de solutions pour identifier la réponse précise, celle qui correspond aux souhaits et besoins de l’humain qui tape le prompt. Selon lui, son métier consiste avant tout à « contraindre le comportement » de l’IA en bloquant une multitude d’options afin qu’elle ne poursuive que la « suite souhaitée » : « Vous explorez le multivers des possibilités fictives, vous sculptez l'espace de ces possibilités et vous éliminez tout sauf le texte que vous voulez » explique-t-il, précisant que « cela peut être un exercice mental très difficile. »
Les « superpouvoirs » des prompt engineer
Une compétence qui se monnaye déjà très bien sur le marché de l’emploi et ailleurs. Comme l’indique Le Monde informatique, c’est « tout un écosystème qui est en train de se mettre en place autour de ces fameuses requêtes ». Des plateformes comme PromptHero permettent ainsi de rechercher les meilleures requêtes et d’autres comme PromptBase d’en vendre ou d’en acheter. Selon le fondateur de cette dernière, Ben Stokes, 25 000 comptes ont acheté ou vendu des requêtes sur sa plateforme depuis 2021 et près de 700 ingénieurs proposent actuellement leurs services au plus offrant.
Un marché appelé à se développer et déjà en cours de professionnalisation selon Ben Stokes, qui explique au Washington Post à quel point ces ingénieurs sont selon lui des « super-créateurs multidisciplinaires » : « Il est difficile de rédiger des prompt et - je pense qu'il s'agit d'un défaut humain - il est souvent difficile de trouver les bons mots pour décrire ce que l'on veut (…) De la même manière que les ingénieurs en logiciels ont plus de valeur que les ordinateurs portables sur lesquels ils écrivent, les personnes qui écrivent bien les prompts auront un réel avantage sur les autres. Ils auront pour ainsi dire des superpouvoirs. »
Ceux qui maitrisent l’art du prompt en sont bien conscients et veillent jalousement sur leurs meilleures requêtes, à l’image du dernier vainqueur du concours d’arts de la Colorado Fair State. Après avoir utilisé Midjourney pour créer l’œuvre gagnante, il a refusé de partager son prompt, arguant avoir passé près de 80 heures à perfectionner sa requête au cours de 900 itérations ! Une nouvelle forme d’art à part entière.
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Métier d’avenir ou mode passagère ?
Ecrire des prompts serait donc le nouvel eldorado pour qui souhaite faire fortune ? Le métier se professionnalise très vite et certaines start-ups sont déjà spécialisées dans les tâches de cette nature. Anthropic, fondée par des anciens employés d’Open AI, a ainsi récemment publié une offre d’emploi pour un poste de prompt engineer avec une fourchette salariale allant jusqu’à 335 000 dollars par an… Principales qualités recherchées : avoir l’esprit créatif d’un hacker et aimer résoudre des énigmes.
Néanmoins, la ruée vers l’or pourrait être de courte durée. D’un côté, les IA sont appelées à améliorer leur fiabilité – nécessitant moins de prompt très spécifiques visant à diminuer les risques d’erreur. Elle seront par ailleurs sans doute amenées à se spécialiser, faisant de ChatGPT l’ancêtre généraliste d’une multitude d’IA spécialisées et expertes dans leur domaine (médical, juridique, commercial) et même pourquoi pas dédiée à une unique problématique à l’échelle d’une seule entreprise.
D’autre part, le public, qui découvre à peine les possibilités offertes par l’intelligence artificielle générative, pourrait lui aussi très vite appréhender l’art du prompt. Pour le linguiste Shane Steinert-Threlkeld de l’université de Washington, les ingénieurs en requête sont comparables aux spécialistes de la recherche Google, ces professionnels apparus dans la foulée du succès du moteur de recherche qui vendaient leurs techniques et astuces secrètes permettant de trouver des résultats parfaits. Un métier qui, au fur et à mesure de l’adoption de Google par le public, est devenu obsolète.
Une vision que ne partage pas le prompt engineer Riley Goodside, pour qui ce nouvel emploi à la mode n’est que la partie émergée d’un iceberg révolutionnaire et appelé à durer. D’après lui, il s’agit ni plus ni moins que d’un nouveau langage à mi-chemin entre le code et le discours humain, une forme de dialecte intermédiaire : "C'est un langage sur lequel les humains peuvent raisonner et que les machines peuvent suivre. Ce n'est pas près de disparaître."
Crédits photo : Limitless Visions/stock.adobe.com
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