Doit-on avoir peur de ChatGPT ? "L'IA ne va pas vous remplacer. Quelqu'un qui l'utilise bien, sûrement"
Quel sera l’impact de l’intelligence artificielle dans votre travail ?

Quelques mois après le lancement officiel de ChatGPT, l’intelligence artificielle est sur toutes les lèvres, notamment du côté des entreprises et des salariés. Pour tenter de mieux comprendre les enjeux autour de cette avancée technologique qui suscite peurs et fantasmes, nous avons posé nos questions à Adrian Chifu, enseignant-chercheur et Maître de conférences en sciences de l’informatique à l’Université d’Aix-Marseille.
Depuis le lancement de ChatGPT, l’intelligence artificielle n’en finit plus de faire parler d’elle au point que certains évoquent une menace pour l’emploi. Ces peurs sont-elles justifiées ou est-ce un phénomène médiatique ?
Un peu des deux. Toute révolution a suscité des craintes au cours de l’Histoire à l’image de la révolution industrielle, de l’apparition d’Internet ou plus récemment de l’arrivée de Google ou Wikipédia. A chaque fois, il y a eu des craintes et remises en question. Mais l’écho médiatique actuel, s’il est par ailleurs tout à fait normal, produit un effet boule de neige sur ce sujet.
Quels secteurs ou métiers sont en première ligne face à l’IA et risquent de connaître des bouleversements importants ?
Tout ce qui concerne le copywriting et la génération de texte est déjà impacté et devrait l’être encore plus. Les métiers du développement informatique également, même si c’est à prendre avec des pincettes. Si on peut utiliser ChatGPT pour créer quelques briques de code ou générer un modèle de base de données, c’est surtout pratique pour faire des choses basiques et peu complexes.
J’ai récemment entendu quelqu’un dire : « L’IA ne va pas vous remplacer mais quelqu’un qui utilise bien l’IA, sûrement. » Je suis tout à fait d’accord. C’est un outil, rien de plus. A vous de l’adopter ou non. Tous les métiers ne seront pas impactés. Et tous ne seront pas impactés de la même manière.
En tant qu’enseignant-chercheur, je peux vous dire en tout cas que je suis en première ligne ! On doit déjà adapter le type de devoir qu’on donne à faire aux étudiants à la maison. Si on se contente de demander des informations factuelles, on doit être conscient du risque que l’étudiant puisse faire appel à ce genre d’outil. C’est aussi à nous en tant qu’enseignant de nous adapter dans le contrôle de l’acquisition des connaissances et compétences. D’autant que les enseignants comme les élèves s’en servent. Récemment, mes étudiants m’ont demandé si les textes générés pouvaient être considérés comme du plagiat. C’est une vraie question… certains modèles d’IA sont déjà capables de citer leurs sources, mais il faut rester vigilant sur cet aspect également car il existe des hallucinations au niveau des citations. Par exemple citer un article qui n’existe pas, dans une revue qui existe, avec des auteurs qui existent.
En revanche, cela reste un outil qui ne peut pas effectuer le travail à leur place : tout ce qui est généré doit être vérifié. Je n’ai pas de problème avec le fait qu’ils l’utilisent mais cela reste dangereux de l’utiliser à l’aveugle. Une étude très intéressante a été menée à ce sujet, dans laquelle on demandait à deux groupes d’étudiants de générer du code. L’un était autorisé à utiliser ChatGPT, l’autre non. Le groupe aidé de l’IA était le plus confiant quant à la qualité de son code mais c’est pourtant celui-là qui comportait le plus d’erreurs… C’est assez révélateur. L’outil est très puissant mais il faut comprendre ce qu’on lui demande.
Dans ce cas, peut-on imaginer que l’IA devienne plutôt une sorte d’assistant personnel à la disposition des salariés et des entreprises ?
Peut-il aider à prendre des décisions, par exemple dans le cadre d’un recrutement ? Pour l’instant, nous n’en sommes pas encore là car il existe de nombreux biais en fonction des données sur lesquelles le modèle a été entraîné. ChatGPT s’arrête en 2021 par exemple. On peut en revanche imaginer des solutions sur mesure où l’IA s’entraine sur les données spécifiques d’une entreprise. Ça existe déjà.
En tant que Chatbot, je ne le vois pas non plus très performant pour l’instant. Il y a encore beaucoup d’hallucinations (ndlr : une réponse fausse présentée comme certaine). A titre personnel, je ne suis pas sûr que ce soit pertinent. Imaginons le cas d’un problème lors de la réservation d’un billet de train. Selon moi, dans ce cas précis, l’interaction avec un chatbot n’est pas forcément idéale, car l’utilisateur, probablement mécontent et impatient, n’aura que très peu d’indulgence pour les imprécisions de l’IA.
Comment se former dès aujourd’hui pour intégrer l’IA à ses compétences ?
Il y a d’abord l’ingénierie du prompting (le texte saisi par l’utilisateur, qui est interprété par une intelligence artificielle afin de produire un résultat). C’est quelque chose de nouveau mais cela se développe très rapidement.
Pour le reste, l’idée est surtout de comprendre comment tout cela fonctionne. ChatGPT, c’est quoi finalement ? Un modèle qui prédit la probabilité qu’un mot en suive un autre. Le modèle n’a pas de logique et il est d’ailleurs assez mauvais en termes de calcul mathématique. Par exemple, je lui ai demandé de générer une suite mathématique de 4 nombres, similaire à la suite de Fibonacci. Le but du jeu pour moi était de trouver la règle qu’il a appliquée et de donner le nombre qui suit. Je lui ai demandé si la réponse était bien 14. Il m’a répondu : « oui, vous avez raison, la réponse est bien 15. » Il faut donc rester attentif aux limites de ce type de modèle et on en découvre de nouvelles régulièrement. D’un autre côté, ChatGPT fait aussi des progrès constants. C’est d’ailleurs dans cette optique qu’OpenAI l’a ouvert au public, car l’apprentissage par renforcement permet d’améliorer la qualité des réponses.
On évoque souvent une révolution technologique quand on parle de l’lA générative. Assiste-t-on vraiment à un changement majeur, à l’image de l’arrivée d’internet ?
En termes d’impact, on pourrait comparer cela à l’arrivée de Google par exemple. Il existait déjà des moteurs de recherche auparavant, qui marchaient plus ou moins bien, mais l’algorithme de ranking de Larry Page a changé la donne.
Je ne peux pas prédire l’avenir mais j’ai l’intuition que oui, c’est une révolution technologique majeure à moyen terme. Nous n’allons pas tous nous mettre à faire de l’IA mais nous allons potentiellement tous l’utiliser. Ce sont deux choses différentes. Utiliser un moteur de recherche, ce n’est pas faire de la recherche d’informations au sens d’un chercheur, c’est exploiter un outil qui fait de l’indexation d’informations.
L’IA va-t-elle permettre une explosion de la productivité dans les entreprises ?
Personnellement, cela m’aide déjà sur certaines tâches donc j’ai tendance à penser que la productivité va s’améliorer d’un point de vue personnel. Mais il existe bien sûr le risque de vouloir aller trop loin en la matière.
La récente grève des scénaristes à Hollywood est à ce propos : on ne peut pas remplacer les gens par des IA du jour au lendemain ou faire rédiger ChatGPT sous la houlette de quelques scénaristes humains. En se mettant en grève, ces derniers disent « allez-y pour voir, si c’est si facile d’écrire des scenarii. » Il y a un juste milieu à trouver.
Pour ceux qui utilisent déjà l’IA au quotidien dans leur travail, quels sont les biais et risques à garder en tête ?
Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet (rires). Attention aux hallucinations et erreurs factuelles. ChatGPT est capable de prétendre que 13 n’est pas un nombre premier alors que c’en est un !
Quand on ne connaît pas bien le domaine sur lequel on interroge ChatGPT, c’est risqué. Si par exemple vous n’avez jamais fait de site Web et que vous lui demandez de vous fournir le code d’un site, il va vous le générer mais je ne pense pas qu’il sera utilisable en l’état pour plusieurs raisons, à commencer par les problèmes de sécurité et d’optimisation. Dès que je lui demande quelque chose de factuel, je croise les sources et les références. Nous pouvons aussi imaginer le croisement de résultats de plusieurs modèles, car ChatGPT est loin d’être le seul (LLaMA, Alpaca, Vigogne, etc.). Il y a donc toujours un travail annexe à faire a posteriori. Mais si on fait la somme du temps qu’on y consacre, on reste gagnant avec ce type d’ outil. En revanche, il n’est pas près de nous mettre tous au chômage !
Crédits photo : ihorvsn/stock.adobe.com
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