Aller au contenu principal
Être bien au travail

Ça vient d'où, le team building ?

Par Léo Ferté • Publié le

D'un concept né dans les années 20 à un outil redoutable de la culture d'entreprise, l'histoire méconnue du team building.

Ça vient d'où, le team building ?
Le team building prend la forme d'une activité, sportive ou non, à laquelle participe les employés afin de renforcer la cohésion d'équipe en entreprise. © Davide Angelini / Adobe Stock

Mardi 13 juin 2022. Le centre d’opérations de protection et de sauvetage de Zurich est appelé pour intervenir sur la péninsule d’Au, à une vingtaine de kilomètres de là. Dix ambulances, un grand véhicule de secours et deux équipes médicales sont dépêchées en urgence. Noyade ? Éboulement ? Non, il s’agit de porter assistance à 25 employés de l’entreprise publicitaire Goldbach qui se sont brûlés les pieds en marchant sur un tapis de charbons ardents… dans le cadre d’un team building. 

Initialement inventé pour renforcer la cohésion des équipes et booster la productivité, comment le team building est-il devenu ce phénomène de société, pour le meilleur et parfois pour le pire ? Si ses dérives ont été largement relayées et analysées, son histoire reste méconnue et très peu documentée. L’occasion pour nous de revenir sur la genèse et l’évolution de cet outil du management moderne, aussi loué que controversé.

Les origines

L’invention du team building en tant que concept est intimement liée à "l'école des relations humaines", courant de pensée porté notamment par Elton Mayo, à la toute fin des années 1920 aux États-Unis. En 1923, des expériences sont menées à la Western Electric, près de Chicago, l’une des plus grandes usines des États-Unis, spécialisée dans la fabrication de matériel téléphonique. L’objectif ? Mesurer le rôle de l'éclairage sur la productivité d’un groupe d’ouvrières. 

Les deux ingénieurs du MIT qui mènent l’expérience constatent une augmentation de la productivité... même lorsque l’éclairage est censé mettre en difficulté le groupe. Elton Mayo, professeur à Harvard et chercheur en psychologie industrielle et sociologie du travail, décide de réitérer l’expérimentation, en la portant plus globalement sur les conditions de travail (temps de pause, interdiction de parler entre employés, salaires, etc.). Le résultat est le même : une hausse de 30% de la productivité, même lorsque les conditions de travail se durcissent. 

Mayo poursuit alors ses recherches en s’entretenant avec les ouvrières et les chercheurs qui ont mené l’expérience, et en conclut que le simple fait d’avoir été choisi pour y participer, l'intérêt qu'on leur a porté, a fortement contribué à booster la productivité des ouvrières : c’est l’effet Hawthorne. Au-delà des conditions matérielles du travail, le chercheur en déduit que la solidarité, la prise d’initiative et l’émulation de groupe ont fortement impacté la productivité.

Les Trente Glorieuses

Dans les années 1950, l’économiste américain Edward W. Deming prend part à la reconstruction industrielle du Japon d'après-guerre, et invente les “cercles de qualités” : des groupes de travailleurs se réunissant régulièrement pour identifier, analyser et résoudre des problèmes liés à leur travail. L’essor économique intense que va connaître le Japon, pousse les États-Unis à s’inspirer de cette approche participative qui implique les travailleurs dans la prise de décision, en rupture avec le paternalisme et la verticalité du taylorisme. Initialement axés sur des aspects techniques et de qualité, ces cercles ont progressivement inclus des dimensions de développement personnel et de dynamique de groupe.

Les années 1960 et 1970 voient l’avènement des T-Groups (ou training groups) dans les entreprises, qui encouragent les employés à faire part de leur ressenti, à privilégier les interactions positives et l'amélioration des relations interpersonnelles afin d’améliorer la coopération. Ce concept préfigurera le team building et plus globalement la culture corporate.

Naissance et explosion du team building

Mais alors qui a initié le team building tel qu’on le connaît ? Jusque-là, personne n’en a réellement revendiqué l’invention. Ce qui est sûr, c’est qu’il fait son apparition hors des bureaux dans les années 1970, toujours aux États-Unis. L’ère est désormais tournée vers les leaders, davantage semblables aux coach sportifs qu’à la figure un peu dépassée du chef hiérarchique d'un autre âge. Les activités proposées sont donc strictement physiques : quoi de mieux qu'un sport d'équipe pour incarner les valeurs de cohésion, de soutien, de collaboration et d’objectif commun ? 

En France, le phénomène ne tarde pas à se généraliser dans les années 1980, et vise en priorité les commerciaux : dans ces postes qui baignent tout particulièrement dans un univers de compétition, on attend que se démarquent des meneurs. L’accent est donc mis sur des activités quasi survivalistes voire carrément extrêmes, comme des stages commando ou du saut à l’élastique. La pratique va alors s’étendre à tous les salariés et se diversifier, à travers notamment les animations incluses durant les séminaires d’entreprise. Si les salariés n’ont pas attendu le team building pour apprendre à connaître leurs collègues, la nouveauté réside dans le fait de partager une expérience ensemble, si possible hors du commun.

La décennie 90 est marquée par l’apparition de nouvelles formes de team building, davantage tournées vers la théorie, la compréhension de l’autre et des différents rôles qui composent une équipe, s’éloignant des pratiques physiques prônant la compétition à tout prix. On peut notamment citer les tests de personnalité comme le Myers Briggs Type Indicator ou le Jung Type Indicator, censés aider l’employé à connaître son profil psychologique à travers un questionnaire, et en faire part à ses collègues.

Déclinaisons et polémiques

Dans les années 2000 et 2010, les ateliers de cohésion d’équipe continuent de se diversifier : escape game, paintball, fresques collaboratives pour décorer les bureaux, immersion collective en réalité virtuelle… les propositions ne manquent pas, et n’ont de limite que l’imagination des RH, managers et autres entreprises spécialisées dans l’organisation de team buildings. On peut notamment citer une société basée en Mayenne, qui propose à ses salariés de déguster des fromages entre collègues : le cheese building.

Le team building se réplique donc à l’infini, sous des formes, il faut le dire, qui peuvent parfois susciter un certain embarras. C’est d’ailleurs à travers ces situations un peu cringe qu’il est le plus souvent représenté dans la culture populaire, et les exemples ne manquent pas : Caméra Café, le Palmashow ou la série mythique The Office y ont consacré un ou plusieurs épisodes.

Au-delà de la raillerie, ce rituel d’entreprise est particulièrement pris pour cible dans la mouvance contestataire des bullshit jobs (du nom de l’article de David Graeber publié en 2013, qui sera plus tard décliné en livre). Injonction permanente au fun orchestré, éloignement superficiel des préoccupations du travail, reproductions non assumées des rapports hiérarchiques, infantilisation des employés… beaucoup pointent du doigt cet outil de la culture corporate, qui servirait davantage aux entreprises voulant se racheter une image plutôt qu’à consolider la cohésion de ses équipes.

Mais alors pourquoi le team building est-il plus populaire que jamais ? Invité par France Inter pour avoir enquêté sur le sujet en 2016, le journaliste du magazine Society, Marc Beaugé, tentait une analyse : “On constate qu’il y a un problème de turnover, aujourd’hui on fait beaucoup plus d’entreprises dans une carrière qu’on ne le faisait avant (...), on a plus vraiment le temps de faire corps naturellement, du coup on essaye d'accélérer la fabrication de lien social par ces palliatifs artificiels”. 

 

Les sujets liés
Partager l’article
  • Facebook
  • X
  • Linkedin
Newsletter
Recevez par mail toute l’actu de l’emploi.
En cliquant sur « S’inscrire », vous acceptez les CGU et déclarez avoir pris connaissance de la politique de protection des données du site hellowork.com.

Préparez-vous à
décrocher votre job !

155 000

CV lus en moyenne chaque jour, soyez le prochain à être vu !

soyez visible auprès des recruteurs

Déposer mon CV

905 937

offres en ce moment, on vous envoie celles qui collent ?

soyez alerté rapidement

Créer mon alerte

Toutes les offres d’emploi

  • Paris
  • Lyon
  • Toulouse
  • Marseille
  • Nantes
  • Bordeaux
  • Strasbourg
  • Rennes
  • Lille
  • Nice
  • Montpellier
  • Aix-en-Provence
  • Dijon
  • Grenoble
  • Reims
  • Annecy
  • Angers
  • Metz
  • Nanterre
  • Tours
Voir les offres d’emploi par ville
Les sites
L'emploi
  • Offres d'emploi par métier
  • Offres d'emploi par ville
  • Offres d'emploi par entreprise
  • Offres d'emploi par mots clés
L'entreprise
  • Qui sommes-nous ?
  • On recrute
  • Accès client
Les apps
Application Android (nouvelle fenêtre) Application ios (nouvelle fenêtre)
Informations légales CGU Politique de confidentialité Gérer les traceurs Aide et contact
Nous suivre sur :