Eric Bellion : "c'est dans la différence qu'on avance"
Eric Bellion parcourt les océans depuis des années avec à son bord des équipages très divers : hommes et femmes handicapées, habitués à naviguer ou pas. Alors que doit bientôt sortir un documentaire sur sa participation au Vendée Globe 2016, celui qui milite auprès des entreprises en faveur de la diversité explique en quoi elle est un moyen d’enrichissement personnel et collectif.

Comme un seul homme. Cette expression, qui désigne l’idée d’un même mouvement, d’un ensemble qui ne fait qu’un, résume parfaitement Eric Bellion. Aventurier, Eric a commencé il y a 15 ans à naviguer autour du monde avec un équipage constitué d’handicapés moteurs. Son but : montrer qu’on avance dans la différence. Plus tard, il reprend la mer avec, cette fois, un équipage mixte composé de valides et de personnes handicapées. Ce sera le Défi Intégration, prémisse de la « Team Jolokia » et le recrutement, tous les ans, d’un équipage d’hommes, de femmes, de valides, d’handicapés, de pratiquants, ou non, de la voile. Avec toujours un même objectif en tête : montrer que la différence est une force.
Après avoir réalisé le Vendée Globe en 2016, dont il a tiré le documentaire, justement titré Comme un seul homme, il se lance cette année un nouveau défi : courir la Route du Rhum avant une expédition de 3 ans autour du monde où, avec sa compagne, ils iront à la rencontre de « celles et ceux qui vivent la différence au quotidien ». Là encore, pour chaque nouvelle destination, un nouvel équipage pour se confronter et apprendre de l’autre. Interview.
Vous avez réalisé plusieurs tours du monde, sur différents bateaux et avec des équipages très divers, quel était votre objectif ?
Le premier projet, « Kifouine, un tour du monde en solidaire », a été une véritable aventure humaine. Avec deux camarades de promo, on a embarqué un équipage d’handicapés moteurs sur un petit voilier qui n’était pas forcément conçu pour des navigations au long cours. Ensuite, j’ai poursuivi ce type de challenges avec les projets « Défi intégration » et « Team Jolokia ». A chaque fois je souhaitais montrer que si une équipe est bien recrutée et bien managée, il est possible de faire de grandes choses et de battre des records.
Vos aventures vous les avez transmises dans le monde de l’entreprise, en tant que consultant du management de la diversité, qu’est-ce que cela signifie ?
Mon but n’était pas de rencontrer des managers et de leur dire : « j’ai fait ceci et cela avec mon équipage, faites en autant avec vos collaborateurs » mais de leur raconter les difficultés auxquelles j’ai pu être confronté et qu’ils s’en servent comme une source de réflexions. J’évoque la différence mais pas uniquement. Toutefois, c’est le message principal de mes expéditions : montrer que même si on est tous différents il est possible d’agir tous ensemble, comme un seul homme…
Les entreprises ont pourtant tendance à recruter les mêmes profils ?
On met tout le monde dans des cases, c’est un processus humain qui permet de se rassurer. Montrer et s’intéresser à la singularité de chacun, à ses forces et faiblesses demande un management engagé, c’est vrai, mais au final tellement plus enrichissant. C’est aussi le message que je délivre lors de mes interventions : sortez des cases, c’est ainsi que vous innoverez. J’essaie, à ma façon, d’inspirer le changement.
Et vous obtenez des retours concrets ?
Oui, heureusement... Le meilleur exemple c’est l’entreprise Klésia qui m’accompagne depuis maintenant 5 ans dans mes projets. Ils ont commencé par changer leurs valeurs d’entreprise, après avoir compris que personne ne s’y intéressait ni même ne les comprenait, et ont adopté les 5 principes d’action de mon association Comme un seul homme, à savoir :
- Oser la différence
- Faire confiance (à l’autre et à soi)
- Innover par la contrainte
- Viser la performance durable
- Exulter en équipe (le bonheur collectif)
C’est selon moi, et encore plus après avoir réalisé le Vendée globe, des principes qui permettent d’être dans un état d’esprit pionnier.
La différence est-elle plus acceptée aujourd’hui selon vous en entreprise ?
Je pense qu’on s’ouvre de plus en plus à cela oui. Pas mal de gens s’engagent et le message est repris par les médias. A mon avis, on comprend de plus en plus que le rapport à l’autre est une condition nécessaire à notre épanouissement personnel. Mais il reste beaucoup à faire !
Après plusieurs expéditions en équipe, vous vous lancez en 2016, en solo, sur le Vendée Globe, pourquoi ?
Pour qu’on m’écoute ! Avant, j’étais invité dans le cadre de « semaines du handicap » mais avec des personnes déjà convaincues. Je voulais réaliser un projet un peu fou qui permette de médiatiser et donc de partager mes valeurs au grand public : montrer que la différence est une richesse, une source d’innovation, d’enrichissement et de bien-être, personnel mais aussi collectif, comme au sein de l’entreprise.
Une traversée en solitaire se prépare en amont, en équipe ?
Pendant trois ans vous travaillez avec une équipe de 10 personnes pour ensuite passer 3 mois sur l’eau, donc oui c’est essentiellement un travail d’équipe. Pour le Vendée Globe, j’ai mis en application mes 5 principes d’action et me suis entouré de personnes qui avaient toutes des compétences différentes. On a beaucoup échangé pour être certain que chacun soit impliqué dans le défi, avec toujours en toile de fond cette idée qu’il faut extraire le meilleur de chacun. Ce n’est pas facile et il y a même eu des erreurs de faites.
Lesquelles ?
Par exemple, le premier directeur de projet que j’ai recruté était une personne handicapée. On a mis du temps à comprendre tous les 2 que ce projet était trop difficile pour lui. On a voulu tenter les choses mais sans être pragmatique dans notre façon de les aborder. Cela ne pouvait pas fonctionner.
Le recrutement est un art difficile…
Selon moi, le plus compliqué n’est pas de trouver les personnes mais d’être raccord sur le principal. En l’occurrence, pour cette aventure, de faire en sorte que l’on réussisse le Vendée Globe. La seconde directrice de projet que j'ai recruté ne connaissait rien ou presque à la voile mais elle avait une envie farouche de réaliser un tel défi. Parfois, il faut réussir à voir au-delà des différences et comprendre en quoi on se ressemble. Cela demande un peu de bienveillance et d'écoute.
Un documentaire sur votre Vendée Globe va bientôt sortir en salles, que retirez-vous de cette aventure ?
J’ai appris à faire de la peur une amie. Comme tout le monde, j’ai peur mais maintenant je sais qu’elle est utile pour bien se préparer, pour bien anticiper les choses. Disons que j’ai moins peur d’avoir peur…
Crédit photo : Comme un seul homme
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