Pesticides : que risquent les fleuristes ? Une enquête lancée pour le découvrir
On vous éclaire également sur la législation concernant les pesticides au travail.

Le pouvoir des fleurs s'avère bien plus toxique qu’on ne l’aurait imaginé. Saisie par la direction générale du travail, les services du ministère de l’Agriculture et l’association écologiste Robin des Bois, le 10 décembre 2024, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) s’apprête à lancer une étude pour évaluer l’exposition des professionnels des fleurs aux pesticides. Une détermination des risques encourus par les fleuristes, qui pourrait mener à l’évolution des réglementations pour ces travailleurs comme les consommateurs.
Cette requête fait suite à la révélation par Le Monde et la cellule d’investigation de Radio France, en octobre dernier, du cas de l’ancienne fleuriste et grossiste en fleurs, Laure Marivain. Sa fille, Emmy, est décédée d’une leucémie, à 11 ans, en 2022. Elle est la première enfant dont le décès a été reconnu par le Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides (FIVP). Par là même, le Fonds a constaté le lien de causalité entre sa pathologie et l'exposition professionnelle aux pesticides durant la période prénatale. En dépit de cette reconnaissance, la cour d’appel de Rennes a débouté les parents d’Emmy de leur demande d’indemnisation des préjudices subis par leur fille, au début du mois de décembre.
85 % des fleurs importées
La question des pesticides dans les fleurs n’est pourtant pas nouvelle. Malgré les efforts de la filière « fleurs coupées » en France, le secteur est en déclin depuis les années 70. Résultat, 85% des volumes vendus sur le territoire proviennent de l’importation depuis des pays tropicaux comme la Colombie, l’Equateur ou le Kenya. Nombre de fleurs y sont cultivées avec des pesticides souvent interdits dans l’Union européenne pour leur dangerosité. Dans leur saisine de l’Anses, les deux ministères rappellent : « Les fleurs en provenance de pays tiers n’étant soumises à aucune réglementation européenne, nous ne disposons pas d’informations concernant les substances utilisées et aucun contrôle n’est effectué », rapporte Le Monde.
Pendant sa grossesse, Laure Marivain a manipulé des fleurs et plantes traitées aux pesticides provenant des Pays-Bas et d’Amérique du Sud. Car, contrairement aux produits alimentaires contenant des pesticides interdits, l’importation de fleurs traitées n’est pas prohibée.
Des milliers de personnes concernées
Il y a quelques années déjà, nos voisins belges ont dévoilé les dangers d’une telle exposition pour les fleuristes. Pour sa thèse, Khaoula Toumi, de l’université de Liège, a notamment suivi une quarantaine de fleuristes, pendant quatre ans, lors de pics d’activité (Toussaint, Saint-Valentin, etc.). Son constat ? « [...] Les fleuristes belges et les travailleurs tunisiens sont exposés durant leurs tâches habituelles à des quantités notablement élevées de nombreux résidus de pesticides dont les propriétés toxicologiques permettent de penser qu’ils pourraient engendrer à terme des effets négatifs sur la santé. »
En France, en 2020, on comptait 13 225 entreprises dans le secteur de la fleur, le plus souvent des petites structures sans employé. Une profession largement dominée par les femmes, aussi. Une dizaine de milliers de personnes, a minima, sont donc quotidiennement exposées à ces pesticides.
Un exercice épineux
L’étude française devrait être menée pendant environ deux ans. A cet effet, un groupe d’une dizaine d’experts (toxicologue, épidémiologue, spécialiste de l’hygiène au travail) doit être constitué, d’ici avril, pour lancer les travaux, précise Le Monde. L’exercice, en trois phases, risque, en revanche, de se révéler épineux, d’après le quotidien. Les fleuristes ne sont pas les seuls professionnels à manipuler des fleurs. L’Anses va également devoir répertorier les grossistes, producteurs, préparateurs et livreurs potentiellement exposés.
L’Agence sera ensuite chargée d’établir un protocole de mesure, le plus précis possible, des pesticides concernés et le niveau d’exposition des professionnels du secteur (par voie respiratoire ou en contact direct avec la peau).
Pesticides et travail, que dit la loi ?
En attendant ces résultats, il est de bon ton de connaître la législation encadrant la sécurité des travailleurs vis-à-vis des pesticides. Cette dernière distingue deux cas de figure :
L’usage des pesticides est prohibé
Un employeur qui viole cette interdiction en exposant ses salariés à des pesticides engage sa responsabilité civile et pénale. Le travailleur peut ainsi exercer son droit de retrait et envisager une demande de résiliation judiciaire du contrat pour manquement de l’employeur (secteur privé). Dans le cas de l’amiante, la chambre criminelle de la Cour de cassation a également reconnu, dans son arrêt du 19 avril 2017, la mise en danger délibérée du salarié par son employeur.
En février 2023, la Cour de cassation a, de même, indiqué que l’emploi par des salariés d’une substance toxique prohibée constituait une atteinte à la dignité de la part de l’employeur. Dans ces circonstances, un travailleur peut prétendre à une indemnisation de son préjudice moral.
L’usage des pesticides est permis par exception
Selon le Code du travail, « lorsque la substitution d’un agent chimique dangereux n’est pas possible au regard de la nature de l’activité et de l’évaluation des risques », le risque est réduit par la mise en œuvre de certaines mesures :
- La conception des procédés de travail et contrôles techniques appropriés ;
- L’utilisation des équipements et matériels adéquats « de manière à éviter ou réduire le plus possible la libération d’agents chimiques dangereux sur le lieu de travail » ;
- L’application, à la source du risque, des mesures efficaces de protection collective (ventilation, organisation du travail) ;
- L’utilisation, « si l’exposition ne peut être réduite par d’autres moyens », de moyens de protection individuelle.
Un employeur doit ainsi mettre à disposition les équipements de protection individuelle nécessaires au travailleur qui utilise les pesticides. Dans le cas contraire, ce dernier peut exercer son droit de retrait, de même si le matériel était défectueux. En revanche, un salarié qui n’aurait pas porté les équipements fournis se verrait débouté par la justice. Aussi, si l’employeur persiste à refuser de fournir ces équipements, son salarié peut demander la résiliation judiciaire pour manquement de l’employeur.
Produits importés, nanoparticules de pesticides, remise en cause de l’efficacité des équipements de protection... La sécurité des travailleurs dépend des avancées scientifiques et des législations. Pour les fleuristes, le chemin est encore long. Du côté de Laure Marivain, le lancement de l’enquête de l’Anses peine pourtant à réjouir, rapporte France Bleu : « C’est un premier pas, mais l’Etat est au courant du problème depuis longtemps, au moins 2017. Il aurait dû se saisir du sujet il y a plusieurs années déjà et ils n’ont rien fait. Et ça a des conséquences graves. Les fleuristes développent des pathologies graves, et nous, nous avons perdu notre fille. C’est dramatique. Si on attend que cette expertise soit menée à son terme, il y aura encore des gens qui vont tomber malades. Le système de protection doit être adapté dès aujourd’hui, il aurait dû l’être hier. »
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