C'est quoi, la kakistocratie ?
Un phénomène aussi présent en politique qu'en entreprise.

Aux origines du terme
Pour ceux qui ont oublié leur grec ancien, kakistos est le superlatif de kakos, « les pires ». Kratos signifie « gouvernement ». La kakistocratie désigne ainsi « le pouvoir des incompétents », « le règne des médiocres ».
La première utilisation enregistrée du terme kakistocratie a lieu dans un sermon prononcé en 1644 par un certain Paul Gosnold pendant la guerre civile anglaise, pour soutenir la cause monarchiste. Devant le Parlement du Roi, il met en garde contre les « conséquences désastreuses d'une forme hystérique de kakistocratie ». Pendant plusieurs siècles, le terme est utilisé par les opposants à la démocratie pour protéger les privilèges de l'aristocratie. La kakistocratie est alors utilisée pour désigner les « dangers » d'une prise de pouvoir du peuple, par définition ignorant et non vertueux, au détriment des aristocrates érudits, qui seraient plus habilités à exercer le pouvoir... Et le concentrer.
La kakistocratie, ou plutôt le terme, coule donc des jours paisibles… Jusqu’au 1er avril 2018, jour où Twitter (comme on l'appelait à l'époque) découvre ce drôle de mot dans un post assassin de l'ex-directeur de la CIA, s'adressant directement à Donald Trump : « Votre kakistocratie s’effondre au terme de son parcours lamentable. » La recherche du mot fait exploser les compteurs des moteurs de recherche, et la kakistocratie s'offre une hype aussi inattendue qu’éphémère.
Son utilisation appliquée au monde de l'entreprise date de 2024. On le doit à la chercheuse en sciences du management Isabelle Barth, qui y consacre un livre : La Kakistocratie ou le pouvoir des pires, ou comment et pourquoi peut-on être managé par quelqu’un d’incompétent ?
Prime à l’incompétence
Un salarié incompétent qui monte dans la hiérarchie, comment peut-on en arriver là ? Si le phénomène est difficilement quantifiable (il existe peu, voire pas d'étude sur le sujet), c’est pourtant loin d’être un événement isolé, selon Isabelle Barth.
Pour l’expliquer, la chercheuse invoque d'abord le principe de Peter : il stipule que dans une hiérarchie, tout employé tend à être promu jusqu'à atteindre son niveau d'incompétence. Autrement dit, dans le monde de l'entreprise, les individus continuent de monter en grade jusqu'à occuper un poste pour lequel ils ne sont plus compétents.
Deuxième situation, c’est ce qu’Isabelle Barth appelle « le piège de la compétence » : et si c’était vous qui étiez… trop compétent ? Explication : vous portez le service à vous seul, et vous le faites plutôt bien, parfois au prix de votre santé mentale. Dans une situation de kakistocratie, votre manager sera tenté de vous garder à votre place pour assurer le bon fonctionnement de son service et le mettre à l'abri… Vous empêchant par là même d’évoluer dans l’entreprise et d’être promu à des postes à plus hautes responsabilités. Pendant ce temps-là, vos collègues poursuivent leur ascension dans l'entreprise, même s'ils sont moins efficaces.
Dernier cas de figure : la « peur de la compétence ». Toujours selon Barth, le chef de service peu qualifié ne se risquera pas à recruter un candidat apte, possiblement meilleur que lui, de peur de se voir démasqué, voire pire : remplacé. Résultat ? Il constituera son équipe de profils moins compétents, mais plus dociles et qu’il aura moins de mal à assujettir.
Des dérives systémiques
En politique comme en entreprise, s’entourer et recruter des personnes peu compétentes tient avant tout de la stratégie. Barth souligne une logique de dette : surévalués, les promus se montreront plus loyaux envers la personne à qui ils doivent leur ascension à cette place tant convoitée. En d’autres termes : un manager peut voir un intérêt à préférer un candidat qui lui sera fidèle à un autre dont la compétence pourrait lui faire de l’ombre.
La kakistocratie peut aussi résulter d'un recrutement clanique, où l’on retrouve les membres d’une même famille aux postes clés. Les exemples ne manquent pas, mais on peut citer le cas de Jared Kushner, nommé “Haut conseiller à la Maison Blanche” de son beau-père Donald Trump, encore lui, jouant les intermédiaires avec plusieurs puissances mondiales, alors que l’intéressé était jusqu’alors un magnat de l’immobilier qui ne disposait d'aucune connaissance des rouages de l’administration et de la diplomatie.
Abolir la kakistocratie
Isabelle Barth suggère une solution simple pour mettre fin à la kakistocratie en entreprise : le name and shame, c'est-à-dire dénoncer publiquement les sociétés gangrenées par ce système, afin d’alerter les potentiels futurs candidats… Barth souligne tout de même que se faire lanceur d’alerte peut-être une décision lourde de conséquence, puisqu’elle implique de mettre la lumière sur un dysfonctionnement au sein même de la direction.
Autre piste évoquée par l’auteure : promouvoir les femmes, qui auraient, selon elle, un rapport différent des hommes au pouvoir et à la légitimité. Plus transparentes sur leurs capacités réelles et moins enclines à miser sur leur charisme, elles auraient une exigence plus forte de compétence et doivent se sentir légitime pour accéder à des postes de pouvoir.
Enfin : savoir reconnaître l’incompétence, pour mieux y remédier. Une fois les problèmes constatés, la chercheuse préconise de cultiver la compétence au sein de l'entreprise et d’investir dans la formation des managers, trop souvent lâchés dans le grand bain de la gestion de collaborateurs, sans avoir été formés en amont.
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