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Être bien au travail

« La personne dépendante, c'est celle dont tout le monde parle mais à qui on ne parle plus ! »

Par Julian Picot • Publié le

Que faire si un collègue semble souffrir d'une addiction ?

« La personne dépendante, c'est celle dont tout le monde parle mais à qui on ne parle plus ! »
Comment repérer les signes d’addiction chez un collègue, et comment réagir ? © Hellowork

D'après l'étude GAE Conseil réalisée par ODOXA en 2025, un actif sur deux souffre d’un problème de santé mentale et, parmi eux, la moitié déclare une dépendance. Un collègue qui enchaîne les verres après le boulot, un autre qui ne décroche jamais des paris sportifs… Derrière ces comportements, qui semblent anodins, se cachent parfois des addictions. Mais est-ce à vous d'aborder le sujet ? Comment savoir si votre collègue souffre vraiment d’une dépendance et surtout, comment en parler sans juger ni brusquer ? Alexis Peschard, addictologue et président de GAE Conseil, vous aide à briser le tabou de l'addiction.

« Le mot addiction est aujourd'hui employé à tort et à travers »

À quel moment parle-t-on d’addiction ? Avant de décortiquer en profondeur le sujet de la dépendance, mieux vaut s'accorder sur une définition. D'après Alexis Peschard, addictologue et président de GAE Conseil, « la dépendance est une maladie chronique qui se caractérise par une perte de contrôle sur la consommation ou la pratique, une augmentation du temps qui lui est consacré, et par la poursuite de celle-ci en dépit des conséquences négatives ». À ne pas confondre avec la pratique addictive, relative à l'usage d'un comportement ou d'un produit addictif. Vous pouvez très bien consommer de l'alcool sans être dépendant ou addictif, l'usage n'est pas une pathologie.

Le mot addiction est aujourd'hui employé à tort et à travers. C'est un processus dans lequel un comportement a pour fonction première de procurer du plaisir, disait Aviel Goodman.
Alexis Peschard, addictologue et président de GAE Conseil.

D'après l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives, les substances psychoactives les plus consommées et les addictions les plus présentes sont l'alcool, le tabac, les jeux d'argent et les drogues illicites. Certaines nouvelles sont plutôt rassurantes : la consommation quotidienne d'alcool (-2,3 points depuis 2014) et de tabac (-5,4 points sur la même période) diminue chez les Français, et encore plus chez les jeunes (-3,3 points pour l'usage régulier d'alcool et -15,9 points pour le tabagisme quotidien par rapport à 2011). À noter que l'usage quotidien de la cigarette électronique a augmenté de 3,7 points depuis 2014. D'autres signaux inquiètent : à l'exception de l'héroïne, tous les indicateurs témoignent d'une augmentation de l'offre de drogues illicites. Le cannabis demeure la drogue illégale la plus consommée, avec 900 000 usagers quotidiens. Pour les jeux d'argent et de hasard, on compte près de 350 000 joueurs quotidiens. D'après l'étude GAE Conseil, d'autres addictions ont émergé au cours de ces dernières années, comme les réseaux sociaux (pour 25 % des Français), les plateformes de streaming (19 %) ou les jeux-vidéo (10 %). Derrière ces chiffres se cache peut-être un de vos collègues, qui lutte en silence contre ses addictions ou qui ne remarque même pas les dégâts que sa dépendance lui cause. Que faire dans ce cas ? Comment repérer les signes d’addiction chez un collègue, mais surtout, comment lui en parler ?

Quels sont les signes qui indiquent que votre collègue souffre d'une addiction ?

La règle des 5C de l'addiction, conceptualisée par Laurent Karila, permet d’essayer de comprendre si votre collègue est dépendant. « Compulsion, continu (ou chronique), perte de contrôle, craving (envie irrésistible) et conséquences. Ces signes doivent être visibles pendant au moins douze mois consécutifs pour qu'il y ait addiction », explique Alexis Peschard. Encore une fois, il est nécessaire de différencier l'état inhabituel (un collègue en état d'ébriété) et un état chronique (un collègue alcoolique).

Exemple

Depuis quelque temps, vous remarquez que votre collègue semble un peu ailleurs. Moins concentré en réunion, parfois un peu lent à réagir ou à répondre aux mails. Il s’absente régulièrement à des moments imprévus, et revient parfois avec une attitude légèrement différente. Rien de flagrant, juste une impression…

Des indices clairement inquiétants qui vous laissent avec une question sur les bras : êtes-vous vraiment légitime pour aborder le sujet ou faites-vous fausse route ? « Si vous vous posez la question, ce n'est pas anodin ! Vous devez essayer d'objectiver vos inquiétudes : qu'est-ce qui a changé sur le plan du comportement, de l'apparence physique, des relations, de la productivité, de la qualité du travail, du respect des horaires et des délais, des phénomènes d'isolement ou d'irritabilité ? », précise le président de GAE Conseil, avant de poursuivre. « Beaucoup de salariés n'osent pas aborder le sujet parce que, malgré des signaux visibles, ils n'observent aucun impact sur le travail, mais c'est une erreur de penser comme ça ! »

« Le silence tue plus que les produits »

Votre collègue semble souffrir d'une addiction, que faire ? La première chose, c'est d’en parler, et le plus tôt possible. Si son entourage professionnel pointe aussi du doigt sa dépendance, votre collègue aura plus de facilité à prendre conscience de son problème. Tant que le sujet n'est pas nommé, il n'existe pas. « On dit souvent que le déni collectif alimente le déni individuel, parce que si personne ne lui en parle, il est conforté dans l'idée que lui-même n'a pas de problème », explique notre addictologue. Le déni nous protège de quelque chose d'angoissant, que l'on ne maîtrise pas, et nos propres représentations définissent le curseur de ce que l'on considère ou non comme une addiction. L'entourage est là pour se rendre compte que quelque chose à changé. « Dans le monde du travail, la personne dépendante, c'est celle dont tout le monde parle mais à qui on ne parle plus. On en discute à la machine à café entre collègues, mais on a peur de le déranger, d'être intrusif, de ne pas être légitime, qu'il soit sanctionné par la DHR, donc nous ne faisons rien », regrette Alexis Peschard, avant de compléter. « Mieux vaut être maladroit que de ne pas en parler ! Le silence tue plus que les produits. »

Il y a les entreprises qui ont structuré une politique de prévention des addictions, et les autres. Dans le premier cas, la bonne pratique est d'en parler à son manager ou sa DRH, qui seront formés pour mettre en confiance, répondre à vos besoins et vous orienter vers des professionnels. Dans le deuxième cas, c'est plutôt un sentiment de délation, qui mène à des sanctions et des complications. Vous devez donc voir un professionnel extérieur.
Alexis Peschard, addictologue et président de GAE Conseil

L'erreur à éviter est d'essayer de convaincre votre collègue. Engagez un dialogue avec des exemples factuels, posez des questions et soyez à l'écoute. « Employez le "je" plutôt que le tutoiement, parce que c'est accusateur. Vous devez les rassurer. Par exemple, parler des risques pour la santé ne fonctionne pas », précise Alexis Peschard. « Le jugement est évidemment à éviter, tout comme la volonté de vouloir guérir la personne, ce n'est pas votre rôle. L'entourage doit aborder le sujet avec la personne avec bienveillance, et pourquoi pas faire le relais avec un professionnel. »

Exemple

Je m'inquiète pour toi, j'ai remarqué que… et toi qu'en penses-tu ?

Quels sont les secteurs professionnels les plus exposés aux addictions ?

Des facteurs comme le stress, le travail de nuit ou isolé, la pénibilité physique, peuvent favoriser l'émergence de certains comportements addictifs. Alexis Peschard nous liste certains secteurs à risque :

  • Le travail temporaire, lié à la sécurité de l'emploi.
  • Le BTP ou l'industrie, lié au travail sous forte chaleur par exemple.
  • Le transport, lié à la tension du secteur.
  • Le milieu hospitalier, lié à la qualité du travail, du matériel à disposition, du manque de personnel, au fait d'être confronté à la mort et aux maladies, etc.

bon à savoir

L'organisation du travail n'est pas à l'origine de l'émergence et du développement de certains comportements addictifs de manière systémique. Selon une étude de la MILDECA en 2021, les demandeurs d’emploi consomment plus de substances psychoactives (tabac, alcool, cannabis) que les actifs occupés.

« Les secteurs les plus dégradés en matière de consommation de produits sont l'agriculture et la pêche, mais tous les secteurs sont touchés. C'est lié à notre société : nous sommes face à une banalisation des consommations et une facilité d'accès aux produits assez impressionnantes », indique le président de GAE Conseil. D'après l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives, un Français sur deux (18-75 ans) a déjà expérimenté le cannabis, et près de 10 %, la cocaïne (deux fois plus qu'en 2017). « Ces consommations ne débouchent pas toutes sur des addictions heureusement, mais sur des prises de risque », conclut Alexis Peschard.

bon à savoir

Le site Addict Aide vous renseigne sur les addictions, les professionnels à contacter, les centres de consultation gratuits à proximité et des tests d'auto-évaluation. Ceux-ci servent à évaluer l'évolution d'une addiction. Vous pouvez aussi informer votre collègue de l’existence de ce site ou réaliser le test à sa place pour mieux comprendre sa situation.

« Cela ne déclenchera peut-être pas un changement immédiat, mais cela pourrait planter une graine », conclut Alexis Peschard.

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